Discours Ambassadeur Garvey
Soirée Electorale des Primaires Présidentielles Américaines
« Super Tuesday »
Résidence de l’Ambassadeur
Le 5 février 2008
L’Election américaine et le Changement politique
Je vous remercie d’être venus vous joindre à nous ce jour que nous appelons aux Etats-Unis « Super Tuesday ». Je suis ravie de n’être pas en compétition avec les Lions Indomptables pour avoir votre attention ce soir. Mes vives félicitations au Cameroun pour votre brillante qualification d’hier! Mes meilleurs souhaits de succès vous accompagnent tout au long de la Coupe d’Afrique des Nations !
Aux Etats-Unis, tous les regards sont tournés vers le « Super Tuesday » (mardi spécial), le jour le plus important dans le processus du changement politique dans le calendrier des primaires américaines. Près de 50% des délégués assermentés du Parti Républicain et du Parti Démocrate décideront lors des élections primaires ou des caucus qui auront lieu dans 24 états. Aujourd'hui, les Américains se préparent pour le changement, quel que soit le candidat ou le parti qui gagnera l’élection de novembre. Nous croyons que le changement périodique de dirigeant permet de renouveler notre démocratie. J’attends avec enthousiasme les résultats du scrutin du « Super Tuesday » plus tard cette nuit.
En cet important jour d’élection en Amérique, je voudrais vous parler du changement politique – le changement aux Etats-Unis, en Afrique et au Cameroun.
L'Amérique vit une année de changements majeurs. En novembre, nous irons aux urnes pour élire un nouveau président pour un mandat de quatre ans renouvelable une seule fois, tel que prévoit notre constitution. Nous élirons également tous les membres de notre Chambre des Représentants - nos membres du Congrès - et un tiers de notre Sénat.
Le changement fait partie de notre tissu national. Au 20e siècle, l’Amérique a survécu à une grande dépression et à deux guerres mondiales et a vu le mouvement des femmes, le mouvement syndicaliste, le mouvement des droits civiques ainsi qu’une immigration massive et l’âge de la technologie transformer sa société.
Au cours des 20 dernières années, le monde a continué à changer autour de nous de manière spectaculaire. Certaines de ces mutations ont eu des conséquences néfastes – je citerai la montée du terrorisme mondial, des maladies nouvelles telles que le VIH/SIDA et les préoccupations croissantes liées aux changements climatiques. D’autres changements ont été positifs : la fin de la guerre froide et l’accroissement des tendances à la démocratisation et du niveau général des richesses. La technologie a connu des avancées foudroyantes. Quand je faisais mes études de droit, je tapais mes travaux sur une machine à écrire. Maintenant je ne parviens pas à imaginer ce qu’était la vie avant l’arrivée de l’ordinateur et de l'Internet.
Les Américains connaissent le changement. Nous savons que le changement peut être difficile, effrayant et douloureux. Mais nous savons aussi qu’il est inévitable et nécessaire à la croissance de notre démocratie.
Comment avons-nous préparé le changement ? Nous nous sommes consacrés à bâtir des institutions solides mais adaptables. Les Etats-Unis ont la constitution écrite la plus ancienne en vigueur dans le monde, et elle a été conçue pour s’adapter aux flux et reflux de la vie de notre nation, d’autant plus que nous renouvelons constamment notre démocratie par des élections nationales tous les deux ans. Nous croyons en la limitation du pouvoir. Nous croyons qu'un équilibre institutionnalisé des pouvoirs et un changement régulier de dirigeants sont des ingrédients essentiels à une démocratie et la clé de notre succès comme nation.
Nous croyons en l’importance suprême de nos lois et de notre constitution. Lorsque j’ai prêté serment comme Ambassadeur auprès du Cameroun, il m’a été rappelé que mon serment, c’était vis-à-vis de la constitution et non n’importe quel président. Nous avons révisé notre constitution tout au long de notre histoire mais croyons que cela devrait être difficile à faire et doit être fait après mûre réflexion et en tenant compte des opinions de toutes les composantes de la société.
Nous croyons aux élections. Au moment où les électeurs des états de l’est à l’ouest se rendent aux urnes en ce mardi spécial, ils savent qu'un système qui donne au commun des Américains le pouvoir de déterminer le destin politique d’individus puissants cherchant leurs voix est mis en place.
Nos institutions démocratiques sont fortes - et ceci nous permet de nous préparer au changement de manière positive. Seules des institutions fortes peuvent garantir qu’un pays soit à même de s’adapter au changement.
Je sais que le changement n’est pas étrange à l'Afrique. Depuis 50 ans que le premier pays africain a eu son indépendance du règne colonial européen, le continent s’est transformé sous plusieurs manières. Il y a eu des progrès dans la mise en place de regroupements régionaux, l’adoption de nouvelles technologies, le renforcement des économies et la construction de nations-états.
Comme l’a déclaré la Secrétaire d’Etat Rice l’an passé, « Nous avons vu un vent de changement démocratique balayer le continent et avons vu beaucoup de chefs d'état quitter volontairement le pouvoir. » Au cours des cinq dernières années, Il y a eu plus de 50 élections démocratiques en Afrique. L'Afrique du Sud, le Botswana, le Ghana et le Mali servent de modèles au continent en raison de leurs élections libres et équitables, leurs sociétés civiles fortes et leur respect de l’état de droit. Le Libéria a fait montre d’un changement bien inspiré, avec la première femme président en Afrique, Ellen Johnson Sirleaf, qui, en s’adressant au Congrès américain en 2006, a cité un poète mozambicain en disant : "Notre rêve est à la dimension de la liberté." Quel rêve merveilleux pour toute l'Afrique!
Cependant, il est important de reconnaître les nombreux défis auxquels est confrontée l’Afrique. Je pense que beaucoup d'Africains partageraient ma déception que l'Afrique n'a pas fait mieux en terme de croissance économique, de construction de nations-états, d'allègement de la pauvreté et de bonne gouvernance. Dans de bien nombreux pays africains, la dominance politique d'un parti et/ou d’un individu pendant trop longtemps a miné l’inclusion et le développement démocratique que je crois être essentiels pour une stabilité à plus long terme. Les cas de violence qui ont cours au Kenya, au Darfour, en Somalie et en ce moment-même au Tchad illustrent tristement ce qui se produit lorsque les institutions démocratiques sont faibles ou inexistantes.
Dans un discours sur la Renaissance de l’Afrique prononcé l’an passé, l’ancien Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan a souligné la nécessité impérieuse d’un changement positif. Il a relevé les échecs et les succès de l'Afrique et a conclu : "L’Afrique du 21ème siècle diffère de manière très fondamentale du vieux continent. Par exemple, l’âge de la moitié de la population de l'Afrique subsaharienne se situe entre cinq et vingt-quatre ans ;
l'urbanisation change le visage même de notre démographie, et les mutations technologiques mettent lentement l'information essentielle à la portée de chacun, fût-il agriculteur ou habitant de taudis. Ces conditions exigent que nous réfléchissions plus rapidement et que nous agissions plus vite pour servir les besoins de nos peuples. Ils exigent des gouvernements qu’ils fassent preuve de plus d’inclusion, soient plus comptables et plus réceptifs et exigent des dirigeants qui soient au même diapason que la nouvelle Afrique et ses innombrables complexités".
Parlons maintenant du Cameroun. Le Cameroun a réalisé beaucoup de changements positifs au cours de la dernière décennie. Vous devriez être fiers de votre liberté d’expression, votre tolérance religieuse et des améliorations observées dans le domaine des droits de l'homme. Le Code de Procédure Pénale adopté en 2006 constitue une avancée importante. Le rôle du Cameroun à travers sa participation aux opérations internationales de maintien de la paix, la lutte contre le braconnage et l’accueil des réfugiés démontre sa capacité à s'adapter positivement à un environnement mondial en cours d'évolution. Je voudrais saisir cette occasion pour exprimer la satisfaction de mon gouvernement pour le concours inestimable que le gouvernement du Cameroun nous a prêté dans l’opération d’évacuation du personnel de l’Ambassade des Etats-Unis du Tchad cette semaine. Cet acte est un témoignage éloquent de notre amitié multiforme et de longue date.
Etant donné que des amis se disent toujours la vérité, je voudrais, dans l’esprit de notre amitié, partager avec vous ce soir quelques réflexions sur la manière dont le Cameroun peut évoluer vers un avenir meilleur. Comme l’a déclaré Kofi Annan, le monde évolue rapidement autour de vous. En ce début d’une nouvelle année, mon souhait est que le Cameroun continue à faire preuve de sagesse et de courage afin de s’engager dans un avenir de changement positif. J'espère que 2008 sera une année pendant laquelle le Cameroun continuera à jouer son rôle de leader régional et mondial. J'espère voir se poursuivre les progrès visant à améliorer l’économie – Des compagnies américaines veulent investir ici mais, comme beaucoup d’autres, les investisseurs américains estiment souvent que l’environnement des affaires est très difficile au Cameroun. Ceci ne devrait pas être le cas, et je souhaite travailler avec le gouvernement camerounais pour améliorer le climat des affaires au Cameroun. Il est temps que le Cameroun quitte le dernier rang des classements internationaux en matière de gouvernance et de corruption. Nous espérons voir le genre de démocratie d’inclusion et vivante que veulent et méritent si bien les Camerounais. Dans l'esprit d'une nuit électorale comme celle-ci, j'espère que 2008 verra la mise en place d’ELECAM et les préparations en vue d’une élection véritablement libre et équitable en 2011.
J'attends avec un vif intérêt votre dialogue national sur la révision de la constitution, qui interviendra dans les prochains mois ou les prochaines années. Je sais qu'il y a beaucoup de sujets dont vous pourriez discuter, parmi lesquels les dispositions en vue de la succession, la possibilité d’un scrutin à deux tours, et des sujets autres que la limitation du nombre de mandats présidentiels.
La position des Etats-Unis est claire. Comme je l’ai déjà dit, nous reconnaissons le droit de chaque pays de réviser sa constitution mais selon notre expérience, la limitation du nombre de mandats et le changement périodique de dirigeant - au moins chaque décade - sont salutaires pour la démocratie. Nous condamnons régulièrement la modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels dans d’autres pays, tel le cas du Nigeria, et déconseillons tout effort visant à réviser la constitution lorsqu’une telle démarche pourrait être perçue comme étant destinée à servir les intérêts d’un individu ou d’un groupe.
Nous pensons qu’une décision capitale comme celle concernant la révision d’une constitution devrait être prise à travers un dialogue national dans lequel la voix de chaque parti politique, chaque organisation de la société civile ou d'affaires, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des journalistes – bref, chaque Camerounais, dans la mesure du possible – puisse être entendue sur une question d'une importance aussi capitale. Le résultat d'un tel dialogue serait une décision acceptée et soutenue par tous, dans la paix et la fraternité!
J'ai été heureuse d’entendre le Président Biya déclarer lui-même récemment que son administration et l’Assemblée Nationale avaient d’autres priorités beaucoup plus importantes à résoudre dans un proche avenir :
-- Des questions telles que la réduction de la pauvreté, l’amélioration du niveau de vie des Camerounais dans les dix provinces, l’éradication de la corruption dans la vie publique et l'éducation et la santé pour tous les Camerounais. Le gouvernement des Etats-Unis et l'Ambassade des Etats-Unis au Cameroun envisagent avec un vif intérêt la perspective de collaborer avec le peuple camerounais sur ces questions essentielles et resteront à l’écoute du peuple camerounais au moment où celui-ci discutera de la question de la révision de la constitution et se préparera pour l’importante élection présidentielle prévue dans trois ans. En d’autres termes, nous attendons avec intérêt d’œuvrer de concert avec le Cameroun pour renforcer votre démocratie.
Je vous souhaite de suivre avec plaisir les résultats de ce mardi spécial ce soir. Cette soirée est le début d'une année d’événements et de discussions organisés par l’Ambassade et consacrés à l'élection américaine. Je suis toujours ravie d’observer la démocratie américaine en action - et j'espère qu'il en est de même pour vous.
Je vous remercie.