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Discours Ambassadeur Marquardt

Conférence De Presse De L’ambassadeur Des Etats Unis Au Cameroun  S.E Niels Marquardt

Yaoundé  19 Janvier 2006

Bonjour Mesdames et messieurs,

Notre rencontre de ce jour a pour cadre la maison de la communication, et à ce titre, je voudrais ouvrir mon propos par une revue de l’environnement  des médias au Cameroun en 2005. L’année qui s’achève a connu des avancées considérables dans ce domaine, les journalistes se sont exprimés plus librement sur des questions divers et variés, tout ceci dans un meilleur climat de liberté d’expression. Toutefois, quelques incidents malheureux ont émaillé ce climat porteur, bien que nous nous réjouissions à la fois de ne voir aucun journaliste en prison à ce jour et de ne pas avoir connu de cas de journalistes grièvement blessés dans l’exercice de leur fonction. Tout ceci augure de lendemains meilleurs pour une parfaite  liberté d’expression et  pour un libre échange d’idées, ces éléments étant pour nous la pierre angulaire pour tout développement.

Dans le même registre, nous déplorons la baisse dans les ventes des journaux en 2005, bien que le lectorat ait été maintenu. L’attribution de licences d’exploitation aux radios et télévisions privées est un pas très positif que nous attendons de voir franchir dans un futur proche. Dans cette perspective, j’applaudis les efforts des autorités camerounaises en vue d’améliorer la liberté de presse et la transparence des processus qui sont à la base de médias libres dans toute société.

En octobre dernier, le Cameroun a abrité une importante conférence à l’issue de laquelle a été créée à Douala, la Société pour le Développement des Médias en Afrique. Son excellence le Ministre de la Communication, Pierre Mukoko Mbonjo et moi-même étions présents à ces assises, et  avons enclenché ce mécanisme qui aura des répercussions dans plus d’une vingtaine de pays africains. Ainsi, je suis heureux de dire que le Cameroun est au centre de ces avancées. Quant à nous, l’ambassade des états unis poursuivra ses efforts en vue d’élever le niveau du journalisme au Cameroun, bien sur avec vous – les médias – comme nos premiers partenaires.

Je sais que vous etes pratiquement à la phase finale de négociation d’une convention collective qui déterminerait des pratiques justes dans la profession de journaliste. Cette convention collective confère au Cameroun une position enviable, celle la même dans laquelle la pratique du journalisme a un avenir radieux. Nous nous tenons prêt à vous accompagner dans la formation et le développement de ce secteur. Par ailleurs, nous encourageons les hommes et les femmes de médias à être de véritables exemples de professionnalisme, je veux dire faire preuve de justesse dans les reportages, vérification des faits, reportages équilibrés, et aller au delà du sensationnel.

Maintenant, dans la perspective de 2006, je voudrais parler de la prochaine étape importante dans le développement économique et démocratique au Cameroun. Il s’agit bien évidemment de l’après point d’achèvement de l’initiative PPTE.

Premièrement, et ceci est très important, je ne peux pas m’empêcher de vous faire remarquer que la terminologie « point d’achèvement de l’nitiative PPTE » est vraiment mauvaise et ne reflète en rien la réalité. L’atteinte de ce point ne marque pas la fin ; au contraire, elle marque un nouveau départ. Mais j’ai peur qu’il y ait un malentendu qui se répand dans la société et qui laisse malheureusement croire que le besoin de discipline et de sacrifice prendra fin avec l’atteinte du point d’achèvement. Ce qui n’est absolument pas le cas.

Il est vrai que après le point d’achèvement, le Cameroun peut espérer un meilleur avenir. L’atteinte du point d’achèvement signifie réduction de la dette et accès à de nouveaux crédits. Arriver à ce point est déjà une énorme réalisation en soi et implique que nous avons abattu un énorme travail qui est désormais derrière nous. Mais pour faire une analogie, prenons le cas d’un client qui doit de l’argent à son fournisseur, le jour qu’il paye sa dette n’est pas du tout indiqué pour aller contracter de nouvelles dettes dans des magasins ! C’est pour dire que même après le point d’achèvement, beaucoup de travail restera à faire, afin que le Cameroun puisse commencé à réaliser son énorme potentiel. Voila en fait le principal message que j’ai voulu transmette aujourd’hui.

Le Cameroun a déjà démontré la volonté de faire des réformes économiques, politiques, et sociales ; La phase post point d’achèvement en donnera les moyens et l’impulsion.

Comme je l’ai dit plus haut, beaucoup de travail a été fait. L’assemblée nationale a voté d’importantes lois relatives aux reformes macro-économiques, à la privatisation des entreprises d’état, aux reformes judiciaires et à la lutte contre le trafic des enfants. Maintenant, le plus gros défi reste de les mettre en œuvre.

A présent, parlons sérieusement de la corruption. Le gouvernement camerounais, et le président Paul Biya lui-même, ont déclaré une guerre ouverte contre la corruption. Vous, les médias, avez un rôle très important à jouer dans ce combat, ceci en recherchant la vérité, en recherchant et en rapportant fidèlement les faits, en faisant preuve de courage en informant le public – et en évitant d’exploiter l’accès qu’ils ont au public pour régler des comptes ou pour assouvir des desseins politiques. Les médias ont déjà abordé avec succès la formidable question de transparence publique, et  ceci est tout à votre honneur.

C’est avec une grande tristesse que je déplore le fait qu’une culture de corruption bien développée semble avoir pris ses racines au Cameroun ces dernières années Aucune institution ne semble immunisée contre ce dangereux virus, et la corruption est pratiquée et justifiée par le commun des camerounais, c’est à dire par de petits enfants, leurs parents, leurs grands-parents, les fonctionnaires, bref, tout le monde. Les actes de corruption sont devenus si communs et si banals que certains observateurs se demandent si le sens du  mot « corruption » a une connotation différente au Cameroun. Offrir quelque chose à l’enseignant de votre enfant avant la période des examens est un acte de corruption ; Offrir de l’argent contre un service dans une administration est un acte de corruption ; Prendre de l’argent en échange d’un marché ou d’un contrat relevant de votre service est un acte de corruption.

La corruption existe dans tous les pays, et il revient à chaque gouvernement de le combattre. La notion de base ici est que le service public est une confiance publique. Par conséquent, aucun employé, fut- il hautement qualifié, ne devrait bénéficier d’une gratification personnelle, autre que sa rémunération officielle, suite a un travail effectué dans le cadre de son emploi. Dans mon pays, la corruption demeure une préoccupation, et la guerre contre ce mal continue. Le Bureau d’Ethique du Gouvernement  des Etats-Unis est une organisation puissante qui prend cette question très au sérieux. Au mois d’avril de chaque année, mes collègues et moi devons remplir cette fiche SF-278, dans laquelle nous déclarons nos biens et leur provenance. Je suis heureux de me livrer à cet exercice tous les ans parce que je sais  que de nombreux autres officiels font la même chose que moi. Par ailleurs, nous recevons, chaque année, une formation en  éthique, ceci pour nous rappeler continuellement les défis et aussi les tentations qui pourraient, même par inadvertance, nous amener à franchir la ligne entre rendre un service publique et violer la confiance publique.

Loin d’être une simple théorie, cet examen minutieux se traduit dans les faits. Le mois dernier, mon membre du congrès, Randy (Duke) Cunningham, de San Diego en Californie, a été surpris en flagrant délit de corruption et de trafic d’influence dans le cadre d’une affaire liée à l’immobilier. Ces faits ont été révélés et il a du démissionner à la fin de l’année. Il est aussi inculper pour des délits criminels  qui pourraient déboucher sur un emprisonnement ferme de dix ans. L’argent et le business ont été confisqués. Des poursuites légales vont être engagées contre ses corrupteurs. On voit donc que le système peut ne pas fonctionner à 100%, mais les mécanismes de protection des biens publics existent.

A mon avis, le Cameroun a les mécanismes nécessaires pour assurer cette protection des biens publics, dans l’article 66 de sa constitution. Le texte est court et efficace. Je vous le lis « Le Président de la République, Le Premier Ministre, les membres du gouvernement et assimilés, Le Président et les membres du bureau de l’Assemblée nationale, Le Président et les membres du bureau du sénat, les  députés, les sénateurs, tout détenteurs d’un mandat électif, les Secrétaires Généraux des Ministères et Assimilés, Les Directeurs des Administrations Centrales, Les Directeurs Généraux des Entreprises Publiques et parapubliques, Les Magistrats, les personnels des administrations chargées de l’assiette, du recouvrement et du maniement des recettes publiques, tout gestionnaire de crédits et des biens publiques, doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction.

Une loi détermine les autres catégories de personnes assujetties aux dispositions du présent article et en précise les modalités d’application. »

Comme vous devez le savoir, l’article 66 fait partie des articles de l’actuelle constitution  qui n’ont pas encore été mis en application. J’ai de bonnes raisons de croire que cet article sera mis en application en 2006. Avec la bonne volonté et l’engagement du gouvernement camerounais et l’attention des médias, d’énormes progrès peuvent être réalisés cette année. Nous espérons pour le mieux que les biens publics vont revenir au public auquel ils appartiennent. Je ne parle pas seulement de quelques cas d’individus qui acceptent des dessous de tables dans le cadre de  leur travail, mais je parle également et surtout de nombreux cas de personnalités qui se servent de leur poste pour distraire des millions de FCFA, en vue de leur enrichissement personnel. Comme l’a si bien noté le président Paul Biya, il est impossible de lutter contre la pauvreté quand une poignée de camerounais détournent les fonds publics.

Maintenant que la guerre est déclarée, les autorités doivent avoir les moyens pour la mener. Ce n’est pas assez de publier les noms des personnes suspectées de corruption, ou de les relever de leurs fonctions.  Les personnes accusées de corruption doivent être officiellement inculpées, poursuivies et condamnées si leur culpabilité est établie. Dans le même temps, leurs biens mal acquis doivent être confisqués et retournés au trésor public. Le Cameroun doit montrer à son peuple et  au reste du monde que ce genre de crime ne paie pas. Pour réussir dans cette démarche, les tribunaux doivent être indépendants et à l’abri de toute interférence, pour pleinement exercer leurs responsabilités dans la poursuite des cas de corruption et autres crimes. L’autre aspect fondamental de la démocratie est que personne n’est au dessus de la loi. Cette mesure peut être difficile à appliquer,  mais autant tout le monde est soumis au droit, tout le monde devrait bénéficier d’un traitement juste et équitable sous la loi. Le Cameroun a les structures nécessaires pour assurer cette justice. Reste à les mettre entièrement en pratique.

FIN

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