Actualités de l'Ambassade
Allocution de M. Richard W. Nelson Chargé d’Affaires a.i
Telle que délivrée par son représentant Micheal Roth
Attaché Politique et Économique
Edéa, le 23 avril 2007
Excellence Monsieur le Ministre des Forêts et de la Faune,
Honorables invités et Chers Amis de l’Environnement,
Mesdames et Messieurs,
Je suis heureux de me joindre à vous, avec M. Gordon N. Ajonina et d'autres membres de la Cameroon Wildlife Conservation Society, pour commémorer la Journée de la Terre. Nos hôtes de ce jour, à savoir M. Ajonina et ses collègues ont effectué avec nous un merveilleux voyage pour explorer certaines des plus remarquables ressources naturelles du Cameroun. La réserve faunique de Douala-Edéa est l'une des plus grandes et biologiquement plus riches réserves naturelles du Cameroun car elle englobe des trésors qui incluent de vastes étendues de palétuviers et une faune unique constituée d’espèces telles que l'éléphant, le chimpanzé, et le lamantin.
Aujourd'hui, nous avons également vu la communauté active qui a grandi dans cette région et dont la survie dépend de ces ressources. Ces deux facettes de la réserve constituent l'essence même du développement durable: la nécessité de préserver la richesse environnementale, mais d’une manière qui tient compte des besoins humains et du développement économique.
Tout comme d'autres trésors environnementaux au Cameroun, la réserve de Douala-Edéa est menacée, et des mesures urgentes doivent être prises pour écarter les menaces extérieures et réhabiliter les zones endommagées. Les écosystèmes de marécage sont très importants pour l'environnement biophysique. Les palétuviers, tels que celui-ci, servent de réservoir de reproduction à beaucoup d'espèces animales, y compris les poissons, les oiseaux et les animaux, et protègent les sols fragiles de la forêt contre l'érosion.
Malheureusement, les régions marécageuses comme Douala-Edéa subissent l'énorme pression de populations locales, qui exploitent les arbres pour le bois de chauffe et utilisent souvent des méthodes peu usuelles pour pêcher. Il est impératif d'atténuer ces pressions et, en même temps, de trouver des moyens de satisfaire les besoins légitimes de la communauté locale.
Je sais que les Camerounais, tout comme les Américains, accordent une grande importance à leurs ressources naturelles. Cependant, je suis à la fois encouragé et affligé par l'état de l'environnement au Cameroun. Je suis encouragé, parce que le Cameroun regorge de ressources naturelles incroyables qui -- si elles sont bien gérées, -- pourraient servir même aux générations futures. Ces ressources pourraient en même temps être une source de revenus durables pour les populations locales qui gagnent leur vie en travaillant la terre, et pour le pays tout entier à travers le tourisme et l'industrie du bois.
Cependant, lorsque je regarde ce qu’il y a encore à faire pour protéger ces ressources, je deviens affligé. J'ai été particulièrement frappé par la disparition rapide des aires protégées au Cameroun d’une espèce comme le lamantin. Dans certaines régions, le lamantin d’Afrique de l’Ouest est une espèce complètement disparue. Les organismes internationaux de conservation et les différents pays l’ont inclus parmi les espèces protégées. Le lamantin ouest africain est également protégé par la Convention africaine sur la Nature et les Ressources naturelles. Mais en dépit de toutes ces mesures de protection, beaucoup de lamantins sont tués tous les ans. La situation est tellement déplorable car le lamantin est un animal fantastique. Les lamantins sont la source des légendes de sirène. Dans la faune, les lamantins sont des géants doux qui n’ont aucun ennemi naturel et peuvent vivre 50 à 60 ans. Leur seul véritable ennemi, c’est l’homme.
D'autre part, la gestion durable et bien menée des ressources naturelles
doit s'assurer que les populations locales ont un véritable enjeu dans la conservation. Après tout, qui a un plus grand intérêt dans la gestion durable de la forêt si ce ne sont les populations qui y vivent ?
Cependant, je ne saurais insister davantage sur l’importance d’éduquer les populations locales sur les conséquences de la chasse abusive et la mauvaise gestion des ressources fauniques. Les gens peuvent ne pas apprécier les mesures de protection des animaux fortement estimés, mais une fois qu'ils ont été exterminés, ils sont allés pour toujours. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire car ce sont nos enfants qui en souffriront.
Il est difficile de changer les habitudes et les traditions. Mais on peut y arriver en mettant en place des programmes de développement qui permettraient d’attribuer aux populations locales une part des revenus touristiques.
L'ambassade encourage l'écotourisme comme étant un grand potentiel pour le Cameroun. D'autres pays en Afrique tirent des revenus substantiels de touristes étrangers. Un touriste américain payerait jusqu’à 100 dollars pour nager avec les lamantins en Floride. Ce type de développement économique pourrait certainement se réaliser au Cameroun. Malheureusement, avec le rythme constaté de disparition de la population animale au Cameroun, je crains que le Cameroun n’ait plus rien à offrir lorsque le pays sera prêt à accueillir les éco touristes.
Il y a également un problème plus grand et plus sérieux: le grand braconnage industriel pratiqué par des personnes disposant de ressources, de véhicules et qui maîtrisent bien les mécanismes sophistiqués des marchés, qui vendent dans les grandes cités et hors des frontières, dans la région et à travers le monde, de la viande et des trophées illégalement acquis. Nous devons mettre fin aux activités illicites des ces personnes-là, et, pour y parvenir, nous devrons faire face à des obstacles tels que la corruption institutionnelle.
Ce n'est pas seulement la faune qui est menacée. Les écosystèmes des marécages sont très importants pour l'environnement biophysique. Nos marécages abritent une grande variété de plantes et d’animaux. A travers le monde, les écosystèmes d'eau douce constituent en fait le logis d’espèces les plus diversifiées. Par exemple, les palétuviers servent de réservoir de reproduction aux poissons, aux oiseaux et à d'autres animaux. Ils protègent les sols fragiles de la forêt contre l'érosion. Mais ils sont menacés par l’exploitation par l’homme qui les utilise comme bois de chauffe. La plupart de ces pratiques se font dans l’ignorance des dommages qu'elles causent, et nous devons éduquer les populations sur les conséquences de ces pratiques qui ne sont que du gaspillage.
Eveiller la conscience des populations est un outil important et efficace qui n'implique pas de grandes dépenses. La conservation et la protection de la faune devraient être enseignées dans les écoles. Les annonces officielles à la radio et la télévision et des affiches sur les lieux publics pourraient informer les populations au sujet de la viande de brousse et d'autres menaces environnementales.
Il doit également y avoir des mesures crédibles et efficaces pour dissuader ceux qui sont déterminés à violer la loi. Je voudrais saisir cette occasion pour louer l’accord signé récemment entre le Ministère des Forêts et de la Faune et CAMRAIL pour empêcher le transport des produits issus du braconnage. Cet accord constitue un bon exemple des actions à mener pour priver les braconniers des outils dont ils ont besoin pour mener leurs activités.
Pour noter un aspect positif, je dirai que le Gouvernement du Cameroun est bien conscient de ces besoins et défis et a pris quelques mesures importantes pour préserver son riche héritage naturel dont il peut être fier à juste titre. Je sais que le Gouvernement du Cameroun travaille en étroite collaboration avec des partenaires internationaux pour protéger la faune. Nous approuvons pleinement ces efforts et sommes disposés à offrir toute l'assistance appropriée. Au fur et à mesure que nous travaillons ensemble, je suggère que nous attachions du prix à nos objectifs et ambitions et que nous recherchions de meilleures solutions aux défis qu’ensemble nous devons relever.
Je vous remercie.